Biennale de la Langue Française

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Accueil Les Actes de la XXIe Biennale
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Discours d'ouverture
prononcé par
Roland Eluerd
président de la Biennale de la langue française

La séance solennelle d'ouverture d'une biennale de la langue française est, pour son président, un moment précieux qui lui permet d'exprimer sa gratitude à l'égard de toutes celles et de tous ceux qui, non seulement ont permis que ce propos puisse être tenu, mais aussi qui donnent à ce moment un particulier éclat.

Vous me permettrez, Monsieur le Secrétaire perpétuel, de remercier d'abord celui qui a bien voulu honorer la XXIe Biennale de la langue française en lui accordant son haut patronage, S.E. Monsieur Abdou Diouf, Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Puisse Monsieur José-Luis Rocha, représentant permanent de l'Organisation internationale de la Francophonie près l'Union européenne, lui porter le témoignage de la qualité de nos travaux.

Voir l'Organisation internationale de la Francophonie prendre en compte les associations et les OING est en encouragement, un exemple de démocratie et un gage de réussite. Alors que ne pouvons-nous pas espérer quant, à cette orientation générale, Monsieur Roger Dehaybe, administrateur général de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie ajoute un appui et une confiance sans lesquels nos biennales ne seraient pas ce qu'elles sont ? À la dernière minute, Monsieur Dehaybe s'est trouvé empêché d'être avec nous. Je me tourne ici vers Monsieur Stéphane Lopez pour le prier d'exprimer à Monsieur l'administrateur général l'expression de notre gratitude.

Comme il est à la mesure de ces honneurs et de ces enjeux, Monsieur le Secrétaire perpétuel, le lieu prestigieux où vous avez bien voulu nous accueillir, où viennent de s'entendre des paroles si lucides et si chaleureuses ! Au nom de tous les biennalistes, Madame, Messieurs, je prends devant vous l'engagement que nous ferons tout pour que nos travaux soient dignes de votre accueil et de votre confiance.

Ils doivent l'être pour que celles et ceux qui nous ont aidés trouvent toutes les raisons possibles de se féliciter de leur aide.

Près la Communauté française,
Monsieur Jean-François Istasse, président du parlement,
Madame Marie Arena, ministre-présidente du gouvernement,
Madame Marie-Dominique Simonet, vice-présidente du gouvernement, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche scientifique et des relations internationales,
Madame Fadila Laanan, ministre de la culture, de l'audiovisuel et de la jeunesse.

Près la Région wallonne,
Monsieur José Happart, président du parlement,
Monsieur Benoît Lutgen, ministre du tourisme
Monsieur Robert Collignon, président honoraire du parlement et bourgmestre d'Amay,

Enfin, outre Quiévrain, comme le disaient les chroniqueurs sportifs de mon enfance,
Madame Liza Frulla, ministre du Patrimoine canadien,
Monsieur Xavier North, délégué général à la langue française et aux langues de France auprès de Monsieur le ministre de la Culture et de la Communication,
Monsieur Franck Borotra, ancien ministre et président du conseil général des Yvelines.

Je remercie également les collaborateurs et les amis de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie et de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France qui nous ont aidé si efficacement.

Et j'adresse de particulièrement vifs remerciements à nos amis belges qui se sont réunis depuis janvier 2004 pour nous aider, nous conseiller, assurer le relais entre l'organisation française et les nombreux terrains belges Sous la présidence du commissaire au tourisme de la Région wallonne, ce groupe de travail était constitué des représentants de la Direction de la communication du Ministère de la Région wallonne, du Ministère de la Communauté française, des cabinets ministériels concernés, du parlement de la Communauté française et du parlement wallon. Le travail a été plus que remarquable et, de ce soir à dimanche, nous pourrons tous le constater.

Et nous savons qui doivent être entre toutes et tous remerciés, car ils auront été les premiers à la tâche et ils y seront jusqu'à la dernière minute : Alain Brohez et Claire-Anne Magnès.

Monsieur le Secrétaire perpétuel, en nous accueillant ce soir, vous me donnez le plaisir de rappeler les liens d'amitié entre la Biennale de la langue française et plusieurs des membres de l'Académie royale de langue et littérature françaises. Permettez-moi de saluer votre confrère, Monsieur Willy Bal, membre du Comité d'honneur de la Biennale de la langue française, et, hélas in memoriam, deux autres membres de ce Comité, vos confrères Joseph Hanse et Maurice Piron. J'ajouterai, non sans une personnelle émotion, celui qui fut mon maître en Sorbonne puis m'honora de son amitié confraternelle, Robert-Léon Wagner.

Enfin, Albert Doppagne.

Cher ami, comme nous aurions aimé vous avoir avec nous, comme nous aurions aimé retrouver votre sourire, vous entendre une fois encore intervenir avec tant de rigueur, tant de finesse, tant de générosité. Dans nos cœurs, cette XXIe Biennale vous est dédiée.

Pour présenter cette Biennale, Monsieur le Secrétaire perpétuel, je partirai d'un écho de la rencontre de Namur, en 1965, qui allait devenir la première Biennale de la langue française, un propos que j'emprunte au Florilège recueilli par notre vice-présidente Jeanne Ogée, propos justement prononcée par Joseph Hanse : " À Namur, déclara-t-il, il était affreusement nécessaire de faire connaître aux francophones la situation de chaque pays francophone... "

Qui a connu plusieurs biennales de la langue française sait que les francophones connaissent la francophonie. Pour autant l'actualité du " affreusement nécessaire " demeure, parce qu'un peuple ignore encore qu'il est francophone, mes compatriotes, les Français. L'éclat du haut patronage accordé à notre biennale de La Rochelle par Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française, le travail quotidien de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, la présence de tant d'associations, l'attachement profond de millions de Français à leur langue semblent parfois peser bien peu devant l'assurance des élites de la communication et des affaires du monde qui, rejointes par les éternels bataillons de l'abandon, travaillent tranquillement à réduire l'espace du français de France à la portion privée d'une vie dont le côté public - au nom d'une modernité qui reste à définir, si elle peut l'être -, devrait être vouée à, non pas la langue de Shakespeare comme on le dit parfois - pauvre William ! - mais à l'anglais international de communication.

Lors de notre colloque préliminaire à cette biennale, tenu en Sorbonne l'an dernier sur le thème de l'intraduisible, nous avons retrouvé ce que les linguistes ne cessent de répéter : une langue n'est pas un moyen de communication, une langue est une manière de comprendre le monde et une manière de vivre. Apprendre une langue étrangère, c'est apprendre un nouveau monde. Et ceux qui font ce voyage, qui le font vraiment, savent combien une langue étrangère reste une langue étrangère. Le prétendu idéal d'une langue transparente, neutre, innocente, capable d'exprimer sans les déformer les mondes véhiculés par les autres langues, est un idéal factice, un mensonge pur et simple, la base solide d'un totalitarisme qu'on pourrait presque dire non voulu.

En effet, parler d'impérialisme est inutile. Quand le monde entier parle votre langue, accepte sans sourciller de voir et de comprendre le monde comme le voit et le comprend votre langue, comment ne pas finir par croire, en toute bonne foi, que votre langue voit le monde comme il est ?

Cette tentation a été et reste très partagée : le grec, le latin, l'allemand, le russe, l'arabe, le français lui-même. Sur le plan de la philosophie du langage, cette tentation a ses lettres de haute noblesse platonicienne. Elle traduit toujours une méfiance à l'égard des langues ordinaires, quotidiennes. Elle relève toujours d'un ésotérisme discret où seuls les initiés peuvent accéder à la vraie langue. Cela ne manque pas d'allure. Mais nombre de tyrannies eurent de l'allure, surtout les tyrannies intellectuelles.

Voilà le combat où la Biennale est engagée : l'adversaire n'est pas la langue anglaise, l'adversaire est la prétendue langue unique. Elle se dispersera comme un leurre, elle ne sera que vanité si nous savons lui opposer nos langues de tous les jours car elles sont le cœur de notre cœur, la chair de notre chair.

Pour conclure, je relèverai un autre propos dans le Florilège de nos Biennales, emprunté cette fois au fondateur de la Biennale de la langue française, le professeur Alain Guillermou : " Cultiver ce qui nous unit. Savourer ce qui nous distingue. Combattre ce qui nous divise. " Belle formule, qui sonne toujours juste pour gouverner nos travaux. Unir et distinguer sans diviser, c'est ce que seul peut obtenir le respect de la diversité linguistique, culturelle et intellectuelle.

Roland ELUERD
 


Sommaire des Actes de la XXIe Biennale

Les Actes 2005 de la
XXIe Biennale de la Langue française

Accueil

Sommaire

Séance d'ouverture
Jacques De Decker
Philippe Roberts-Jones
France Bastia
Roland Eluerd

Voeux

Quelle place pour la langue française en Europe ?


Synthèse rédigée par Roland Eluerd

En Europe et en Francophonie
Stéphane Lopez
Erich Weider
Alain Vuillemin

Sous le regard du monde
Jean R. Guion
Kadré Désiré Ouedraogo

Politiques et linguistique
Robert Collignon
Louise Beaudoin
Philippe Busquin
Manfred Peters
Jeanne Ogée

Regards européens
Claude Truchot
Frank Wilhem
Marc Wilmet

Le rôle des professeurs de français
Janina Zielinska
Raymond Gevaert
Robert Massart

Pour une rencontre des langues et des cultures
Mariana Perisanu
Françoise Wuilmart
Jacques Chevrier

Regards nord-américains
Alain-G. Gagnon
Victor Ginsburgh
Joseph-Yvon Thériault

Querelles à surmonter
Michel Ocelot
Edgar Fonck

Langue et littérature françaises de Belgique
André Goosse
Jean-Marie Klinkenberg
Jean-Marie Pierret

Poésie francophone

Claudine Bertrand
Eric Brogniet
William Cliff
Marc Dugardin
José Ensch
Jacques Izoard
Amadou Lamine Sall
Claire Anne Magnès
Philippe Mathy
Selcuk Mutlu
Anne Perrier


A la Une

« La culture suppose l'enracinement, la profondeur et la perspective d’un épanouissement sans cesse en progrès. »

Jacqueline de ROMILLY

Présidente d’Honneur de la Biennale de la langue française (2002-2010)

Dans Le Trésor des savoirs oubliés, Éditions de Fallois, 1998, p. 93