Biennale de la Langue Française

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8ème colloque

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Le 8ème colloque de la Biennale de la langue française a eu lieu le samedi 7 novembre 2020 en visioconférence. Il avait pour thème "L'interculturalité : Relations franco-allemandes". Compte-rendu par Line Sommant

Compte-rendu par Line Sommant, Vice-Présidente de la Biennale de la langue française


Cheryl Toman, Présidente de la BLF, salue les participants de différents continents: Europe, Afrique, Amérique, et remercie tous les intervenants ainsi que l’université d’Alabama, relais technique qui permet la tenue et la réalisation de ce colloque.

Elle annonce les noms des intervenants Hartmut MARHOLD, Frank KESSLER, Joël BROQUET, ainsi que Kerstin KLOPP-KOCH qui, à la fin des interventions, apportera des commentaires.

Ensuite, la Présidente introduit l’intervention de Hartmut Marhold, Honorar professor an der Universität zu Köln, Centre international de formation européenne, Senior Research Fellow

«Qu’est-ce qui a propulsé la construction européenne?»

Hartmut Marhold évoque la chronologie de la construction européenne. Il propose de saisir les facteurs qui ont conduit à cette construction à travers trois exemples: d’abord, le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), aussi appelé traité de Paris, signé le 18 avril 1951 par la République fédérale d'Allemagne (RFA), la France, mais aussi la Belgique, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Il interroge sur ce premier pas de la construction européenne propulsée par l’économie ou par la politique.

Ensuite, Hartmut Marhold s’est demandé si la construction européenne était plutôt le résultat de facteurs extra-européens de blocs de superpuissances. Après la conférence de Potsdam (1945), organisée par trois des puissances alliées victorieuses de la Seconde Guerre mondiale États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni , les Américains et les Britanniques ont fait pression sur la France pour le problème allemand afin de rendre impossible tout conflit entre France et Allemagne et créer un mécanisme non violent pour remplacer la guerre. La France était chargée de trouver une solution pour que l’Allemagne fédérale soit alliée des Américains et des Britanniques. D’où le plan Schuman, ministre des affaires étrangères français, le 9 mai 1950 proposant la création d'une Communauté européenne du charbon et de l'acier, dont les pays membres mettraient en commun leur production de charbon et d'acier.

Enfin, la construction européenne est-elle née de contraintes objectives structurelles qui ont obligé Konrad Adenauer/Robert Schuman, et François Mitterrand/Helmut Kohl, (sans oublier l’action de Jacques Delors) à agir ainsi?

La construction se doit aussi à la prise de décision des hommes au pouvoir qui ont accepté, faisant preuve de courage politique, de faire un «saut dans l’inconnu».


Frank KESSLER, Administrateur de la Commission européenne (DG Politique régionale)

«Une scolarité sous le signe de bilinguisme franco-allemand »

Frank Keller confie avoir appris le français après l’anglais et le latin. Dès le début de son intervention, il renvoie à la vidéo sur Youtube intitulée: «Ensemble, nous avons construit l’Europe».

Frank Keller évoque trois grands lycées franco-allemands créés à la suite du traité de l'Élysée de 1963 entre la France et l'Allemagne de l'Ouest. Deux sont situés en Allemagne à Freiburg (accueillant 800 élèves dont 250 élèves viennent de l’autre côté de la frontière) et l’autre à Sarrebruck. Un troisième lycée se trouve à Buc (en France, dans les Yvelines). Ces trois lycées ont en commun de donner la possibilité de suivre une scolarité entière dans les deux langues, français et allemand (certains parents peuvent toutefois demander l’option anglais). Tous trois délivrent le baccalauréat franco-allemand, diplôme reconnu en France et en Allemagne. Les élèves fréquentant ces établissements appartiennent à une trentaine de nationalités. Il existe une solidarité de ces lycées qui effectuent des échanges entre eux. Ces établissements ont une excellente réputation, les élèves participant à des concours généraux, entrant dans les classes préparatoires. C’est une population qui réussit bien ses études.

Ce double diplôme est très bien coté. Manier également le français et l’allemand, pour les étudiants, ouvre ensuite beaucoup de portes sur les marchés de l’emploi en France, Suisse, Allemagne, Luxembourg.


Joël BROQUET, Partenariat Eurafricain et Le Carrefour des Acteurs Sociaux

« Alors que l’Afrique et l’Europe se cherchent encore : peut-on imaginer une Eurafrique ? »

Joël Broquet commence son intervention en se demandant : Pourquoi l’Afrique?

La relation franco-allemande est un paramètre majeur de l’évolution de l’Europe et de la réflexion sur l’Europe. En exemple, Joël Broquet cite la Bulgarie qui entra en 1993 à l’OIF, mais qui, avait déclaré alors «lorsque nous entrerons dans l’Union Européenne, nous choisirons de nous agréger à l’aire culturelle ou allemande ou française». La Bulgarie entra dans l’UE en 2007.

Le couple franco-allemand est incontournable en Europe; il est déterminant dans les relations interculturelles eurafricaines. L’Eurafrique, en projetant des cultures française, allemande, espagnole, britannique, possède une culture proche de celle de l’Europe. Concrètement, les relations Europe-Afrique existent dans les sociétés civiles, dans l’aide à l’Afrique (trois fois supérieure à l’aide publique mondiale), etc. Une motion a été votée à la dernière Assemblée Paneuropéenne à Strasbourg pour la création d’une commission Euro-Afrique relative à l’environnement, l’émigration et la diaspora africaine.

Joël Broquet souligne également, parmi les nouveaux enjeux eurafricains, les problèmes sécuritaire et militaire. Il cite l’ex-Président du Mali: «Si la digue est rompue au Sahel, ce sera l’invasion de l’Europe.» et également un haut militaire français «Rester est quasi impossible, mais partir est impossible.»

Le colloque s’est achevé par les commentaires de Kerstin KLOPP-KOCH de la Commission Franco-Américaine Fulbright qui, entre autres, a souligné les nettes différences qui existent entre les systèmes éducatifs de la France et de l’Allemagne, entre la régionalité de l’Allemagne et la centralisation de la France.


Programme

Cheryl TOMAN, Présidente de la Biennale de la langue française, modératrice

Hartmut MARHOLD, Honorarprofessor an der Universität zu Köln, Centre international de formation européenne, Senior Research Fellow

"Qu'est-ce qui a propulsé la construction européenne ?"


Frank KESSLER, administrateur de la Commission européenne (DG Politique régionale)

"Une scolarité sous le signe du bilinguisme franco-allemand"


Joël BROQUET, Partenariat Eurafricain et Carrefour des Acteurs sociaux

"Alors que l'Afrique et l'Europe se cherchent encore, peut-on imaginer une Eurafrique ?"






 

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« La culture suppose l'enracinement, la profondeur et la perspective d’un épanouissement sans cesse en progrès. »

Jacqueline de ROMILLY

Présidente d’Honneur de la Biennale de la langue française (2002-2010)

Dans Le Trésor des savoirs oubliés, Éditions de Fallois, 1998, p. 93