Biennale de la Langue Française

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Présence de Senghor


«  Il y a des instants où l’on ressent entre nuque et épaules un passant si fort qu’on se retourne… Est-ce la présence ? » (Vent de présence, L’Harmattan)

(Geneviève Clancy, La Rochelle 2003, Actes XIX p.49)


Hommage à Senghor

par Amadou Lamine Sall

(Extraits)


« On retiendra du millénaire précédent l’échec radical des systèmes philosophiques et politiques qui ont tué la primauté de l’esprit » disait Léopold Sédar Senghor.

Or Senghor est justement l’une des plus magiques, des plus audacieuses figures de cette primauté de l’esprit. (…)

Senghor, c’est la pérennité d’une pensée et d’une action qui ne touche à aucune frontière achevée de la vie et de la mort (…) À côté de lui, j’ai fini par adopter comme devise et leçon de vie les leçons du grand poète Khalil Gibran : « C’est quand vous avez atteint le sommet de la montagne que vous commencez enfin à monter. »

Senghor, c’est le manguier qui fleurit en pommier pour dire l’universalité de l’homme, mais le manguier demeure toujours la mémoire de la pomme (…) Sédar, c’est finalement le Noir de toutes les couleurs, fidèle à sa culture, réceptif à celle des autres.

Il est difficile de ne pas aimer Senghor. Il est plus difficile encore de ne pas le respecter. « Je n’ai pas tout réussi – disait-il -, il n’y a que Dieu pour le faire. » (…)

S’il a défendu avec le génie et l’audace que l’on sait le concept de « Négritude » (…) qui lui a valu le hurlement des loups devenu plus tard le chant des rossignols, c’est qu’il avait mesuré avec souffrance et fierté le chemin qui restait encore à parcourir pour l’homme noir. (…)

Par ailleurs, Léopold Sédar Senghor a servi avec génie et éclat la francophonie et sa langue en partage. (…)

Senghor nous apprend que quelque chose (…) doit commander notre terre, (…) qui participe de l’amour et du divin, (…) bref de la poésie. C’est de cette symbiose que Senghor a tiré la puissance de sa pensée, la magie de son aura…

(Amadou Lamine Sall, Brouage-La Rochelle 2003, XXe biennale)


1963 – 2003

Mémorial au seuil de l’avenir


Ce florilège marque une pause dans l’histoire des biennales. Il est temps de revenir à leur fondateur.


À la clôture de sa dernière biennale, en 1997 à Neuchâtel, Alain Guillermou disait ces quelques phrases dont la résonance se teintait de nostalgie :


Il y a peu, « Mon vieil ami Pierre Murith m’a glissé doucement dans la main une coupure de presse où je pouvais lire : "Si tes paroles n’ont pas la valeur de ton silence, tais-toi !"

Je ne sais pas quelle est la valeur infinie de mon silence… »

(Neuchâtel 1997, Actes XV p. 495)


Les fidèles qui le suivirent tout au long des biennales lui avaient déjà répondu.

Écoutons quelques-uns d’entre eux.


Voici d’abord les témoignages essentiels de deux personnalités qui aidèrent à l’éclosion des biennales :


  • Jacques Duron, du ministère des Affaires culturelles, louait « la rigoureuse logique qui a inspiré à Alain

Guillermou ses créations successives : la revue Vie et langage, l’Office du vocabulaire français, la Fédération du français universel. »

(Jacques Duron, Québec 1967, Actes I p. 31)

Sur la suggestion de Jacques Duron, qu’Alain Guillermou appellera « le père spirituel des biennales », celles-ci devinrent « Les états généraux de la langue française »


Ces créations s’adressaient à des publics différents : en premier, aux lecteurs de prédilection, ensuite aux linguistes, enfin aux pays qui parlent et aiment le français.


- Joseph Hanse, de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, s’offrit généreusement

pour aider à l’organisation à Namur de la première biennale en 1965.

Président du Conseil international de la langue française, dès sa création par Alain Guillermou à Québec en 1967, Joseph Hanse déclarait à Echternach en 1975 à la sixième biennale :

« Au nom du Conseil, j’apporte l’expression de notre amitié, avec mes vœux les plus cordiaux à l’infatigable et toujours étonnant Alain Guillermou (…) Sans détailler les raisons de l’intérêt et de la sympathie que le Conseil porte aux biennales, ne sont-elles pas à l’origine de son existence, comme de celle du Haut Comité de la langue française, générateur de notre institution ? N’avons-nous pas le même fondateur, Alain Guillermou ? »

« Encouragé par tous ceux qui s’étaient groupés autour de lui à son invitation pour créer en 1964 la

Fédération du français universel (…), Alain Guillermou, l’homme de toutes les audaces, avait conçu le projet de réunir tous les deux ans à travers la francophonie (…) ceux qui voulaient servir leur langue commune , le français… C’était, dans l’histoire de notre langue, la première initiative de ce genre. »

(Joseph Hanse, Echternach 1975, Actes III p. 18)


Quelques témoignages choisis de biennalistes évoquent d’autres aspects du rôle joué par Alain Guillermou. Les espoirs qu’il manifestait les dernières années se réalisent aussi aujourd’hui.


  • Jacques Cellard, le grand chroniqueur du Monde, consacrait en 1975 un long article aux biennales et à leur fondateur :

« Les Biennales de la langue française, dont la sixième vient de se tenir au Luxembourg du 6 au 14 septembre, sont une entreprise étonnante. Suscitées, organisées par un homme seul, M. Alain Guillermou, elles ne doivent de survivre qu’à son omniprésence, à son inlassable optimisme, et à son talent de faire beaucoup avec peu de ressources. »

« Sans être une entreprise officielle, elles n’en déplacent pas moins des ministres, des ambassadeurs (…), voire un chef d’Ểtat, le président de la République du Sénégal. Sans aucun pouvoir de décision, elles n’en influencent pas moins (…) les projets ou les décisions touchant à la « francophonie ». (…) Le charisme d’Alain Guillermou est certain, efficace. »

« Sans engager le français dans un choc frontal avec l’anglais (…), la Biennale a repris la doctrine (officielle) sur « les langues et la construction européenne » (…) dans la recherche d’un équilibre entre lui et elles. (…) C’est le mérite des biennales d’ouvrir ces dossiers. C’est en cela qu’elles sont indispensables. »

(Jacques Cellard, Le Monde, 21-22 septembre 1975)


Quel plus bel hommage offrir au fondateur des biennales, à une époque où la presse était avare de nouvelles de la francophonie… Elles l’est – hélas ! – toujours. La stratégie évoquée, valable encore aujourd’hui, définit, 30 ans plus tard, celle de la biennale de Bruxelles, la XXIe, c’est-à-dire la première de l’époque future de la Biennale.


  • En Louisiane, à Lafayette en 1991 , Georges Planel, président de l’Association France-États-Unis préconisait la création d’un centre francophone à Paris en ajoutant :

« Je me fais un devoir de rendre un vif hommage à Alain Guillermou, car il est à la fois l’initiateur, le cœur et l’âme de cette biennale. Depuis le premier congrès qu’il a organisé à Namur il y a 26 ans, (il) n’a cessé d’être l’apôtre infatigable de la francophonie internationale. »

(Georges Planel, Lafayette 1991, Actes XII p. 535)


  • Une autre voix, lors de sa dernière biennale en 1993, celle du Docteur Georges Durand, vice-président de France-Canada :

« Je voudrais exprimer une considération à laquelle je tiens beaucoup. Je n’ai plus du tout la même conception de la langue française qu’à la première biennale. Je suis de plus en plus amoureux de ma langue, mais je considère de plus en plus qu’elle appartient aux autres et qu’on ne travaille plus exclusivement pour la France. Je suis certain que la plupart des mesures prises en France sont nées à partir du moment où notre président Alain Guillermou a créé sa première biennale. (…) Toute innovation, … tous les mouvements sont nés après les biennales… »

(Georges Durand, Avignon 1993, Actes XIII p. 388)


  • Sans multiplier les témoignages, voici enfin ceux d’Alain Guillermou lui-même sur le rôle des biennales, exprimé dès 1973 :

« Jusqu’à présent, tous nos souhaits ont été réalisés ou presque (…) Nous avons demandé à Namur que la langue française devienne une affaire d’État, et M. le premier ministre Pompidou a créé quelques mois plus tard le Haut Comité pour la défense et l’expansion de la langue française. À Liège, nous avons souhaité que le langage scientifique et technique devînt l’objet de la sollicitude des pouvoirs publics, et les Commissions de terminologie ont été créées peu de temps après. Bien mieux, nous entendions naguère M le Président Georges Pompidou déclarer que la langue française devait demeurer une langue d’affaires, et c’est une profession de foi qui a réjoui tous les biennalistes de Menton. Enfin, c’est la biennale de Québec (en 1967) qui a servi de marraine au Conseil international de la langue française. Et c’est aussi à Québec qu’est née la Fédération internationale des professeurs de français. »

(Alain Guillermou, Dakar 1973, Actes II p. 7)


Et laissons-le s’amuser à dire avec humour :

« Sans doute, dira-t-on, mais vous risquez de tomber dans le grand péché de logique (…), la formule « post hoc, ergo propter hoc » : Cet événement a suivi cet autre, cet autre en est la cause ! »

De là viennent la loi Bas-Lauriol ?, les Sommets ?,(la loi Toubon ?), le dictionnaire francophone ?

« Faut-il renoncer à croire que tant d’insistance a porté son fruit ? »

Des vœux d’Alain Guillermou voient encore le jour :

« Je me demande s’il ne serait pas opportun de créer, sur les rives du Saint-Laurent, une antenne de la Biennale…, une Chambre de propositions, capable de seconder, en terre d’Amérique, les efforts déployés par les responsables parisiens. »

(Alain Guillermou, Québec 1989, Actes XI p. 8)


Or cette Biennale d’Amérique, qu’il imaginait 15 ans plus tôt, vient de naître au début de 2004… Elle ouvre la voie de l’extension de la Biennale au XXIe siècle, toujours vivante en France, et en préfigure la diversité au sein de la Francophonie universelle du XXIe siècle. Que la Biennale reste, non pas « un colloque de société savante, ni un rassemblement amical… Cependant, les orateurs sont des savants et, en même temps, sont unis par des liens d’amitié. Ces "états généraux" prennent l’aspect de retrouvailles.

Et, à propos des Actes, « Les historiens ne sauront négliger cette manne de renseignements où nul aspect essentiel n’a été tenu à l’écart. »

(Alain Guillermou, Index 1987 p. 12)


Un autre vœu d’Alain Guillermou est près de naître : « Je vous confie un projet, que vous preniez l’initiative, dans vos universités, de proposer à vos étudiants une thèse de troisième cycle… ayant pour titre La Biennale de la langue française. Nous sommes prêts à la financer et à la publier. »

(Alain Guillermou, Tours 1985, Actes X p. 24)

Or, en juillet 2004, une étudiante préparait une thèse en Allemagne sur Alain Guillermou et les Biennales de la langue française, à la demande de son professeur, ancien élève d’Alain Guillermou à Paris.


Enfin trois vœux (dont deux émis par la Biennale), restent à accueillir :

  • Un chercheur universitaire ne serait-il pas intéressé par une étude sur la collection complète – mise à sa disposition – de l’inégalée revue Vie et Langage d’Alain Guillermou de 1952 à 1974 ?

  • Le vœu émis en 1995 à Bucarest par Jean-Claude Guédon : « Que la Biennale fonde un prix Guillermou » sera-t-il réalisé dans les années à venir, pour perpétuer sa mémoire ?

  • N’oublions pas le vœu que, dès 1969, à Liège, deux grands savants, Jean Langevin et Paul Laffitte avaient formulé et renouvelé sans cesse : La création d’un Office français des publications scientifiques.

La Biennale s’honorerait de redonner vie à ce vœu et d’en obtenir enfin la réalisation, en couronnement de l’œuvre accomplie par son fondateur.

Jeanne Ogée

 

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