Biennale de la Langue Française

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Envoyer Imprimer PDF

Gilbert Doho : « Ni Francophone ni Anglophone en Ambaland ou le conflit entre Francophones et Anglophones au Cameroun »

Case Western Reserve University

Présentation à la demande de l’OIF pour La Biennale de la langue française, Paris, Septembre 29, 2018


A/ D’un concept à un Etat auto-proclamé.

Ambaland [Ambasonie Land], est comme NoSo [Nord-Ouest/Sud-Ouest], un des nombreux néologismes forgés pour nommer les deux provinces anglophones de la République du Cameroun. C’est Gorji Dinka, 1er bâtonnier camerounais qui, le 20 mars 1985 forge le concept Ambasonie [Ambazonie] qui cristallise les combats de plusieurs générations d’Anglophones-Camerounais. Il constitue l’aboutissement des réactions contre des actes administratifs et répressifs qui ont tordu le cou à la « Conférence de Foumban » du 17 au 21 Juillet 1961. Cette conférence avait jeté les bases de la constitution de la République Fédérale du Cameroun, qui naît avec le referendum du 1er Octobre 1961 au Southern Cameroons. Composée de deux Etats fédérés : Le Cameroun Oriental francophone et le Cameroun Occidental anglophone, la nouvelle République a pour président, Ahmadou Ahidjo, tandis que John Ngu Foncha assumait les fonctions de Vice-Président. Dans sa lettre ouverte du 20 mars 1985 à Paul Biya intitulée « Pour un nouveau contrat social » [Peuples Noirs-Peuples Africains no 50, mars-avril 1986, pp 50-65] Gorji Dinka résume ainsi qu’il suit la « Conférence de Foumban » :

« La Constitution répartissait le pouvoir : a) par territoire, c’est-à-dire entre les Etats et le pouvoir central ; b) par institution, c’est-à-dire entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire ; c) par personnalité, c’est-à-dire entre le pouvoir exécutif partagé par le président et les premiers ministres des Etats, et le pouvoir législatif se partageant entre les députés des Etats et les députés fédéraux. » [52]

La République fédérales du Cameroun a donc deux territoires c’est-à-dire ceux des Etats fédérés. Ces deux Etats fédérés sont dirigés par des élus locaux, dont deux Premiers Ministres. Elle a une Assemblée fédérale et deux Assemblées. Le drapeau fédéral est frappé de deux étoiles, symbole des Etats fédérés. Si le Français et l’Anglais sont des langues officielles de la République fédérale et des Etats fédérés, il faut reconnaître que le pidjin anglais et 250 autres langues sont utilisés quotidiennes par près toutes les populations. Il convient de se demander combien de Camerounais parlent couramment Français et Anglais pour accéder non aux privilèges mais pour dire ses droits ?

Drapeau

Malheureusement ces dispositions constitutionnelles sont violées deux semaines à peine après la proclamation de la République fédérale du Cameroun. Pour s’y prendre, Ahmadou Ahidjo prend soin de demander et obtient les pleins pouvoirs avant la « Conférence de Foumban » et après la naissance de la République fédérale du Cameroun. Les pleins pouvoirs sont renforcés par l’appui que toutes les armes de la République doivent donner au chef de l’Etat fédéral.

Deux semaines après la Réunification, le Président de la République Fédérale du Cameroun est tout puissant. Les pleins pouvoirs, on ne le dit pas assez, est un régime d’exception qui éradique les contre-pouvoirs. Le dirigeant qui a les pleins pouvoirs fait arrêter, même par soupçon tout citoyen, peut le juger, le condamner et l’exécuter avant que d’examiner la situation de la victime. Voilà l’atmosphère dans lequel on vit en contexte de la République fédérale du Cameroun. Dès qu’Ahmadou Ahidjo pouvait se servir des pleins pouvoirs pour prendre des décrets, que pouvaient les Anglophones pour freiner ses actions ?

On comprend pourquoi il va torpiller le Fédéralisme. Par le Décret no 61/DF/15 du 20 Octobre 1961, il réorganise le territoire fédéral en six régions administratives. Il réduit donc les Etats fédérés à de simples régions. Acte administratif arbitraire et anticonstitutionnel, ce décret met fin à l’existence de l’Etat fédéré du Cameroun Occidental anglophone et amorce l’hégémonie du Cameroun Oriental francophone. Pire, Ahidjo nomme les inspecteurs fédéraux à la tête des régions qui ont sous eux des Préfets (1). Ceux-ci répondent au président de la République fédérale. Ils sont au-dessus des Premiers ministres des Etats fédéraux, mais surtout des élus locaux [J’insiste]. En gentleman politique, le Vice-Président John Ngu Foncha proteste. Piet Konigs & Francis B. Nyamnjoh rappellent ainsi qu’il suit les critiques de John Ngu Foncha [Negotiating an Anglophone Identity: A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill, 2003]:

By this administrative division, West Cameroon has the same status as any of the five administrative regions into which East Cameroon is divided. We regret that this is inconsistent with the status of West Cameroon as a state in our Federation of two states. Furthermore, we cannot at the same time regard West Cameroon as a state in the Federation and as a province in the same Federation. The powers given to the Inspector of Administration are far more extensive than those of either the Prime Minister of West Cameroon or the House of Assembly and Government. This system is anachronistic and in fact a resurrection of what existed in the early colonial system. It is also derogatory to the authority and dignity of our Prime Minister and our Government [53].

[Cette décision administrative réduit le Cameroun Occidental au même statut que les cinq régions administratives dont est divisé le Cameroun Oriental. Nous regrettons car cela est inconsistant avec le statut d’Etat du Cameroun Occidental dans notre Fédération. Bien plus, nous ne pouvons pas considérer le Cameroun Occidental comme une région et comme un Etat fédéré. Les pouvoirs de l’Inspecteur Fédéral sont plus importants que ceux du Premier Ministre ou du Président de l’Assemblée. Ce système est anachronique et constitue un retour à ce qui existait au temps de colonie. Il constitue un déni de l’autorité de notre Premier Ministre et de notre Gouvernement [Ma Traduction].

Toujours en gentleman, John Ngu Foncha attend un débat démocratique. Mais Ahidjo adopte la posture d’indifférence. A l’ombre il manipule d’autres gentlemen Anglophones tels que Solomon Tendem Muna, Emmanuel Endeley, Joseph Ekangaki pour ne citer que ceux-là, pour mettre le Vice-President en situation de faibless. Pire, Ahdjo pousse ses ambitions plus loin en proposant l’éradication des Etats fédérés sous prétexte que le fédéralisme constitue une machine bureaucratique inutilement onéreuse ? Il en va de même pour les partis politiques qui, argumente-t-il créent des divisions et freinent l’entente. Il demande et obtient des autres leaders des partis l’option d’un parti unique qu’il crée en 1966.

Ahidjo propose au peuple un referendum pour la République Unie du Cameroun le 20 Mai 1972. Deux semaines après, il fait réviser la constitution le 2 juin 1972 pour diviser encore davantage l’ancien Etat fédéré [Région anglophone] deux provinces : Le Nord-ouest et le Sud-Ouest. Acte tendancieux à de fins politiques, il ouvre ainsi la brèche de la division entre les Anglophones du Nord-Ouest et les Anglophones du Sud ! Pendant des années, Ahidjo ‘appuie sur les Anglophones du Nord-Ouest pour mettre les hommes politiques du Sud-ouest en situation de faiblesse. Il va, Président tout puissant, désorganiser les structures économiques du Sud-ouest parmi lesquels, la nationalisation de Powercam, de la CDC, l’appauvrissement de GTC [General Technical College] d’Ombe au profit de l’Ecole Polytechnique de Yaoundé, le choix du Port de Douala qu’il faut draguer au long des années au détriment du port en eaux profondes de Victoria, et surtout la main mise sur le pétrole de cette région et la SONARA [Société nationale de raffinerie du pétrole] gérée en grande partie par les Francophones (2). Autant d’actes politiques et de décisions économiques qui mettent cette région à genoux.

Quand il cède le pouvoir à Paul Biya le 6 Novembre 1982, Ahmadou Ahidjo a déjà ruiné le rêve d’un Cameroun fédéral où la voix, les droits et devoirs des uns et des autres sont respectés. Tout au long de son règne, les Anglophones s’agitent, car le « Bilinguisme officiel » n’est qu’un trompe l’œil. Dans la pratique tout se passe comme on était revenu à la République du Cameroun proclamé le 1er Janvier 1960.

Avec l’arrivée de Paul Biya commence la descente aux enfers. Il a hérité d’Ahmadou Ahidjo le contexte des pleins pouvoirs. Il est perçu ipso facto comme un chef d’Etat tout puissant, qui gère nation sans contre-pouvoir. Il va choyer les armes de la République au détriment d’autres secteurs d’administration. Plus que son prédécesseur, il s’appuie sur l’armée pour diriger le pays. Les dispositions de Parti unique sont maintenues. Donc sans se donner les pleins pouvoirs, Biya gouverne comme s’il les avait. Il nomme de plus en plus les Francophones dans le NoSo. L’acte véritablement attentatoire à l’existence des Anglophones c’est la circulaire ministérielle du 23 Septembre 1983 qui harmonise le GCE Ordinary et Advanced Level et l’examen de Baccaleauréat. Le GCE est plus qu’un examen. C’est tout le système éducatif hérité de la colonisation anglaise qui est mis sous les ordres d’administrateurs francophones. Y a-t-il acte plus destructeur de la construction d’une région, d’un Etat ? Vient ensuite le changement du nom du pays en République du Cameroun avec une étoile plantée dans la bande rouge le 4 Février 1984 constitue, aux yeux de beaucoup d’Anglophones, plus qu’une trahison.

Si Dinka en parle comme d’une annexion, certains parmi sa génération parlent « Francophonisation », tandis que la génération née sous les trente-six ans du pouvoir de Biya parle de « colonisation ». C’est l’appel au sang du moment que la bande rouge rappelle le sacrifice des fils et filles du Kamerun. La disparition du drapeau à deux étoiles est prémonitoire. Dans la pratique quotidienne de la gouvernance, il consacre l’ascendance des mœurs franco-françaises dans le NoSo. Des voix s’élèvent contre l’arbitraire. Albert Mukong qui proteste est jeté en prison. Il narre sa turpide dans Prisoner Without Crime. Gorji Dinka, saintement irrité, énonce ainsi qu’il suit les raisons de la prise des armes à posteriori par les Anglophones.

Qu’il soit donc entendu très clairement maintenant que personne de lucide n’acceptera jamais cette annexion. Ceux qui sont derrière ce complot honteux ne réussiront à nous transformer en une colonie que s’ils enjambent nos cadavres [C’est moi qui souligne]. Il existe des limites au-delà desquelles aucun être humain ne peut supporter d’insultes, même venant d’un frère. Si l’expression « Cameroun du sud » nous a exposés aux ambitions annexionnistes, nous nous appellerons dorénavant L’Ambasonie [57-58]

Ainsi naît un concept qui aujourd’hui enflamme les Anglophones. Prophète ? J’ose le croire. Et tout aussi prophète Mongo Beti qui non seulement donne une tribune à Dinka dans Peuples Noirs-Peuples Africains, mais affirme avec plus de certitude dans Lettre ouverte aux Camerounais ou la seconde mort de Ruben Um Nyobe [Rouen : Editions des Peuples Noirs, 1986]: «Le Régions anglophone est en état de sécession. » C’était en 1986. Aujourd’hui, on est passé du discours de sécession à un Etat auto-proclamé. Vingt-trois ans avant que Paul Biya ne déclare la guerre aux soi-disant terroristes sécessionnistes, ces deux intellectuels sonnaient déjà l’alarme et posaient la guerre comme une des solutions éventuelles au conflit entre Anglophones et Francophones au Cameroun [J’insiste].

Le 1er Octobre 2016 marque une phase décisive des marches pacifiques souvent réprimées dans le sang. Ce sont les avocats anglophones contraints à défendre leurs clients devant des juges francophones qui n’ont aucune idée du droit anglo-saxon. Ils s’insurgeaient contre le Code OHADA rédigé en Français. A Suivi la grève des enseignants anglophones qui se voient poussés à la marge par les Francophones qui parlent à peine anglais. Que la plupart des dirigeants des établissements où l’Anglais est la langue majeure et de l’enseignement et de l’administration, passe ! Mais que dans les classes sont introduits des Francophones qui ne parlent aucun traître mot anglais est proprement révoltant. Les marches pacifiques s’intensifient avec l’alignement des populations aux cotés des manifestants. Sourd et implacable, le régime réprime dans le sang ces marches pacifiques. Aux branches d’arbres de paix et de feuilles vertes, viennent s’ajouter les jets de pierres. A partir de Janvier 2017 on a dans les réseaux sociaux comme Facebook une image spectaculaire qui dit la disproportion des forces en place et qui rappelle le David et Goliath de la Bible.

Repression

A partir de Janvier 2017, les répressions sanglantes prennent des proportions alarmantes. Les Anglophones qui ont d’abord pris d’assaut les rues, les arbres de paix en mains répondent à la violence d’Etat par la violence. Mais hypocrite le tyranneau Biya tient d’une main ferme le bâton et agite quelques carottes. Il persiste à poser le « Bilinguisme officiel » comme le nœud du Problème anglophone. Par le « Décret N°2017/013 du 23 janvier 2017 portant création, organisation et fonctionnement de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme », il tente de calmer le jeu. Le fait que les manifestants prennent eux aussi les armes signifie que « Le Problème anglophone » est bien plus qu’une affaire de langues, encore moins la forme de l’Etat, c’est-à-dire le retour au Fédéralisme. Car d’un simple concept on est passé à un Etat avec ses symboles [Un drapeau, un hymne, une armée etc.].

Drapeau

Du 25 mai au 25 juillet 2018, j’étais en zone de guerre, au NoSo comme on le dit. On y parle de « Coffin Revolution ». Le lundi y est reconnu comme « The Country Sunday », une nouvelle manière de dire « Villes mortes ». Une bonne fraction rêve à avènement du « Federal Republic of Ambazonia ». Une autre porte encore en elle le rêve du « vivre ensemble », mais dans une confédération avec l’Etat fédéré d’Ambazonie. Un Etat confédéré où les populations peuvent élire et démettre leurs dirigeants non par les armes, mais par le vote. Nostalgie d’une tradition de gouvernance avant le 1er Octobre 1961 où on était fier d’être à la fois citoyen et sujet, où les élus locaux et les rois servaient en parfaite harmonie ? Ce qui se passe aujourd’hui rappelle que les Anglophones ont su tisser les héritages coloniaux et ancestraux de telle manière qu’il est pure illusion de les éradiquer. De l’arbitraire division du pays a aujourd’hui, trois générations d’Anglophones combattent ce rêve.

B/ Les Gentlemen à la table piégée.

Est fallacieuse parce que réductive, l’affirmation selon laquelle le Cameroun est une nation ayant deux héritages coloniaux. Près de deux cinquante ethnies, peuples, cultures langues sont par coercition amenés à former le Kamerun allemand. Bien plus, les systèmes coloniaux français et anglais commandent deux constructions diamétralement opposée des Etats coloniaux. Si les Français ignorent les mœurs politiques locales en colonie, il en va autrement des Anglais qui par l’« Indirect rule », permettent un système ou les valeurs locales et coloniales sont tissées pour l’émergence d’hommes et femmes nouveaux. Dans La Crise anglophone au Cameroun [Paris : L’Harmattan, 2018], Bouopda Pierre Kame énonce à propos de la division arbitraire du Cameroun le 4 mars 1916

Elle était concrètement matérialisée par une frontière avec des postes de police et de douanes limitant la libre circulation des Camerounais entre ces deux territoires de leur pays. Elle a ouvert la voie à une administration duale de quatre décennies qui a imprimé des mœurs sociopolitiques françaises à 4/5e de la population camerounaise, et britannique à 1/5e de cette population. Ces mœurs sociopolitiques ne se réduisent pas à l’usage des langues française et anglaise. Elles sont par ailleurs territorialement ancrées [18]

Déni de la réalité est le moins qu’on puisse en dire. Si en territoire francophone on étouffe le sujet et réduit les monarques à la mendicité, en territoire anglophone, on est fièrement à la fois sujet et citoyen, on est élu du peuple pour dire majesté à son roi (1). La frontière a-t-elle jamais été véritablement matérialisée ? Quelles sont ces marques de délimitation ? (2) Quel est le pourcentage des Anglophones voire des Francophones moulés aux mœurs françaises et anglaises ?

Le désir profond de revenir à la situation d’après la Première Guerre Mondiale est sincère pour les Anglophones. Ecrivains, hommes politiques et autres paysans, agriculteurs, éleveurs font mieux que de se laisser assimiler par les Anglais. La frontière immatérielle n’a que quelques postes de douanes et de police du reste superbement ignorés par les populations des deux rives du Moungo, ou de la baie d’Ambas. Ce discours politisé de Bouopda Kame ignore volontairement le va-et-vient entre ces populations. Les mœurs locales entre Menka [anglophone] et Tou-Menka [francophone], Fotem [anglophone] et Foto [francophone]. On va et vient dans les deux territoires. On s’y marie et vit sans souci. Que dire des Mbo de Koupe Manengouba [anglophone] et Mbo de Nkongsamba [francophone], Bakweri [anglophone] et Pongo [francophone] ? Sont-ils plus ancrés dans les mœurs politiques françaises et anglaises que dans leurs traditions ? Patrice Ndedi Penda [Le Fusil. Paris : RFI 1968] présente Mbosi, l’ancien combattant comme ce Sawa qui navigue entre les deux rives du Moungo sans obstacles. Il en va de même du personnage central de Because of Women de Mbella Sone Dipoko [London : Heinneman, 1968]. Ngoso prend la pirogue pour aller à Douala couler ses produits sans se soucier des policiers et autres douaniers franco-français. Au Sawa, il parle Douala tandis qu’avec les autres, il parle « Pidjin ». De Menka a Tou-Menka, on va et vient en temps de mariage comme en temps de deuil. Telles sont les réalités que peint Mbu Tennu Mbuh dans In the Shadow of My Country [Bamenda : Langaa, 2009] (3). Combien de ces populations parlent couramment français et anglais pour maîtriser des mœurs culturelles, commerciales et politiques qui ne profitent qu’a une minorité ? Après 1966, il suffit d’avoir son ticket d’impôt pour aller et venir.

La première génération d’Anglophones, véritables gentlemen semblent plus ancrées dans l’embryon de nation que pose le colonialisme allemand. Ils sont conscients que le Kamerun fut la résultante d’âpres combats de résistance. En ces temps d’érosion de la mémoire, Dibussi Tande rappelle le discours que fait le Premier Ministre du Southern Cameroons, invité à la proclamation de l’Indépendance du Cameroun oriental le 1er Janvier 1960 :

The people of Kamerun, like other nations of the world are freedom loving. Our forefathers received the European traders kindly for the purpose of exchange of goods, but did not hesitate to resist when they started to colonise the territory. In vain they fought the Germans, not knowing the terrific might that supported them. Resistance was quelled down by treaties which enabled them to secure the goodwill of the coastal chiefs as a spring board to penetrate into the interior where they met still greater resistance. When vanquished our people still hoped for freedom through collaboration and coexistence. http://www.dibussi.com/2018/01/fonchaspeech.html.

L’Indirect Rule anglais les a confortés dans leur identité faite des données des mœurs locales et d’emprunts anglais. J’ai grandi avec l’icône d’un John Ngu Foncha drapé dans son costume Bamenda. Il arborait toujours ce costume qui, nous rappelait-on, disait la profondeur de ses racines (4). Bernard Fonlon, Ndeh Ntumazah, Augustine Ngom Jua, Solonmon Tendem Muna, Emmanuel Endeley, Nerus Mbile formaient cette génération des gentlemen qui rappelaient à tous que le Kamerun n’était nullement né de l’accord secret entre français et anglais. Hommes politiques, ils voulaient les noms de leurs partis politiques refléter le Kamerun naît du colonialisme allemand et constitué d’un ensemble d’Ethnies-Etats. Il suffit de convoquer le KNDP [Kamerun National Democratic Party de John Ngu Foncha], KNC [Kamerun National Congres d’Emmanuel Endeley], KPP [Kamerun People’s Party de Nerus Mbile], OK [One Kamerun de Ndeh Ntumazah], pour apprécier la volonté politique des élites anglophones de bâtir le Cameroun d’après les deux guerres à partir de ses fondations allemandes. La Question fondamentale aujourd’hui est celle de savoir combien d’Anglophones portent encore en eux ce rêve ? Combien d’Anglophones veulent non pas la sécession mais un Etat de droits où les enfants des deux rives du Moungo s’épanouissent les uns dans leurs mœurs politiques, économiques et culturelles ?

C/ La Génération entre l’ire et la sagesse.

« Ceux qui sont derrière ce complot honteux ne réussiront à nous transformer en une colonie que s’ils enjambent nos cadavres. »57.

Gorji Dinka est déjà plus qu’irrité. Par ces propos, il suggère l’option de la lutte armée pour la libération des régions anglophones. Deux actes justifient cette radicalisation. Biya a, lui aussi, un agenda radical : la « Francophonisation des régions anglophones ». La voie la plus efficace c’est l’éradication du sous-système éducation anglo-saxon. Par une simple circulaire du 23 Septembre 1983, le Ministre de l’Education Nationale met fin au GCE Ordinary Level et Advanced Level [Francis B. Nyamnjoh & Richard Fonteh Akum. The Cameroon GCE Crisis: A Test of Anglophone Solidarity [Bamenda: Langaa, 2008]. Vient ensuite, la proclamation de la loi no 84/01 du 20 mars 1984 qui consacre le passage de la République Unie du Cameroun à la République du Cameroun. Les Anglophones se lèvent comme un et attentent, pour la première fois, à un symbole de la République du Cameroun : Un poste de police est attaqué dans la région de Bamenda. Dévêtus, les agents de police sont humiliés dans une parade !

Font aussi irruption, les discours de sécession. Pendant des décennies, l’option de sécession va cheminer et parfois bousculer le discours sur le retour au Fédéralisme. Ce que demandait la première génération, c’est le respect des accords qui fondaient la fédération. Les mœurs politiques, la gestion des ressources donnaient à l’Etat du Cameroun Occidental un avenir bien plus brillant. L’embryon économique avec des entreprises comme la CDC, le port en eaux profondes de Limbe, la découverte du pétrole, les réalisations sociales, les banques qui ne sont pas de comptoirs de consommation, mais surtout la liberté politique, la liberté de la presse et le respect des droits de l’homme sont aux antipodes de ce qui se passe au Cameroun Oriental encore en guerre de libération. C’est pourquoi Gorji Dinka est avant tout un fervent défenseur de la Confédération. Agir autrement c’est imposer l’« Etat colonial français » un tant soit peu reformé aux Anglophones. C’est choisir la violence. Et Dinka sonne l’alarme :

En ce qui concerne cette situation [annexion], il nous reste deux options. L’une violente, l’autre pacifique. L’option violente est celle qui s’obstine à maintenir que le Cameroun Sud-sur Ambas, alias Ambasonie, a été annexé et devrait être administré en tant que colonie de la République du Cameroun [58].

Peine perdue ! Biya s’obstine à rejeter une forme de l’Etat où les Anglophones ont leur mot à dire. Il perfectionne le centralisme, nomme et opprime à souhait. Pure produit de système colonial français, Biya a été formé pour être administrateur de colonie. Véritable bon tyran, il ne croit qu’à un Etat fort où les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme. Comme je le démontre dans Le Code de l’Indigénat ou le fondement des Etats autocratiques en Afrique francophone [Paris : L’Harmattan, 2017], le président camerounais est plus qu’une copie du roi soleil. Biya est la tête froide d’un « Régime de sabre », outrageusement centralisé, à la limite brigand. Ce regime est, comme le regime colonial français inutilement violent ainsi quel le témoignent la photo et le texte du Ministre Camerounais de la Défense :





La génération d’Anglophones qui engagent le combat contre la ‘Francophonisation des régions anglophones » est une génération des combattants de la plume. Ils sont nombreux qui considèrent la plume comme une arme redoutable contre la tyrannie. Carlson Anymgwe, Simon Munsu, Bate Besong, Francis B. Nyamnjoh, Herbert Both, Victor Epie Ngome, Hansel Ndumbe Eyoh Bole Butake investissent l’espace public pour dire les frustrations des Anglophones. Ils fouillent les archives, interrogent la génération des gentlemen pour s’interroger et interroger. Qu’avait apporté l’Etat du Southern Cameroons à la table de la Fédération en 1961 ? Quelles sont les réalisations infrastructurelles, économiques et sociales de l’époque ? Depuis quand la province anglophone produit des richesses comme le pétrole ? Pourquoi les taxes des hydrocarbures et autres reviennent à la ville de Douala et non à celle de victoria ? Pourquoi le port en eaux profondes de Victoria [Limbe] a été abandonné pour celui de Douala couteux à cause du dragage ? Les fonctions régaliennes des armes sont-elles de protéger les hommes politiques contre les populations ? Pour quoi le sous-système judiciaire français est-il imposé aux Anglophones ? Pour quoi le citoyen est-il confronté à une réaction répressive chaque fois qu’il demande le moindre de ses droits ? Que faire quand l’oppression devient la loi ? Faut-il continuer à fermer les yeux et à souhaiter qu’un jour ceux qui sont au cœur du système changent ? Telles sont des questions et bien d’autres que posent et se posent les Anglophones de la deuxième génération.

Plusieurs ouvrages, des recherches dans les archives locales et internationales, les rencontres intellectuelles comme ‘All Anglophone Conférence’ à Buea et à Bamenda, des essais, des romans, des pièces de théâtre etc. démontrent, souvent avec virulence, que l’Anglophone est devenu esclave dans son propre pays. Il suffit de mentionner des titres comme Beasts of No Nation de Bate Besong [1984], What God Has Put Asunder de Victor Epie’Ngome, Negociating an Anglophone Identity: A Study of the politics of recognition and representation de Piets Konigs & Francis B. Nymnjoh pour dire que le NoSo n’a jamais cessé de hurler pour la justice au Cameroun. Mais dans ce pays, le combattant de la plume est encore, il faut l’avouer, prisonnier des anciennes structures de productions et de communication. Certains des ouvrages des années 1980 et 1990 sont encore par voie de stencil. Elles maitrisent à peine les nouvelles technologies qui sont au cœur de la phase du combat armé que choisit la troisième génération.

Et il convient de dire que la grève des avocats qui commence en Octobre 2016 et qui est suivie de celle des enseignants constituent le point de non acceptation de l’indignité. Les saupoudrages qui vont de la traduction du code OHADA au décret sur le Bilinguisme, en passant par quelques francs jetés aux visages des enseignants prouvent que le Bon Tyran est soit ignorant de la profondeur du Problème anglophone, soit tout simplement de mauvaise foi. Car il faut dire que depuis quelques années, une nouvelle génération, plus radicale agissait sans qu’on la croit capable de ses intentions. Elle sera à l’origine de ce qui est reconnu, dans le NoSo comme le « Coffin Revolution ».

D/ La génération de l’ivresse révolutionnaire.

Dans « The Carnage of the Cameroons », un op-Ed paru dans Le New York Times du 15 Septembre 2018, l’écrivaine américano-nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ironise à propos des sentiments de Theo, l’Anglophone de Bamenda qui, « présomptueux » s’exclame parfois au sujet de la guerre en Ambaland :

«When Theo talks about the situation, he uses words like “revolution” and “struggle,” words saved from portentousness by the rawness of his emotion. » https://www.nytimes.com/2018/09/15/opinion/sunday/chimamanda-ngozi-adichie-cameroon.html

Quand Theo parle de la situation, il utilise des mots comme “Revolution” ou “Combats”, ces mots résonnent comme des prophéties parce que épurés de leurs boursoufflures par le cru des émotions. [Ma traduction]

Quand j’ai lu ces mots de l’auteur de Half a Yellow Sun [New York : Anchor Books, 2007] un excellent roman d’amour sur le carnage de Biafra, seul le « mot » ironie a étouffé la rage qui subit, montait en moi. Non ! Il n’y a pas de canons définis pour décrire le début ni d’une guerre, ni d’une révolution. Theo à sa manière est prophète. Il ne fait que suivre la lignée des prophètes dont j’ai parlé plus haut. Car que des jeunes, sans formation aucune à l’art de la guerre, sans armes, puisse faire marcher une des dictatures les plus cruelles d’Afrique francophone ne peut que paraitre inimaginable. Telles à mon avis, l’amorce d’une révolution. Et celle-ci, en tout temps et en tous lieux n’est pas uniforme.

Repression

Toute révolution a ses fous, ses illuminés. Ils font corps avec les têtes pensantes de l’utopie. Ces fous parcourent toutes les strates sociales. Ils sont hommes et femmes. Ils sont prêts à tout. Ils embrassent le projet révolutionnaire parce qu’ils ne sont rien dans le système qui gère leur vie au quotidien. Laissés-pour-le compte de ce système, ils sont confinés à la marge. Ils y sont des morts vivants. Alors quand on est mort vivant, qu’a-t-on encore à perdre ? Telle était la posture mentale des « Sans-culottes », les laissées-pour-compte du royaume de France. Telle est celle des millions de camerounais nés sous les trente-six ans de regne de Biya.

Mancho Bibixy est un de ces illuminés. Quand il quitte sa Radio pour regagner les rues aux cotés de la masse enragée en fin de l’année 2016, il porte lui-même son cercueil. L’image qu’il plante le 26 Novembre 2016 dans les têtes des habitants du NoSo et du monde en général est parlante.

Before the people could come to terms with seriousness of the teachers strike action, a courageous youth, history teacher and journalist, Macho Bibixy appeared at the Chief Ayamba Avenue in Bamenda, standing inside a coffin placed on top of a small car and holding a Holy Bible. He had come out to protest against the poor road network and other social amenities in the city under the stewardship of the colonial Government Delegate to the Bamenda City Council, Mr. Vincent Ndumu. https://www.bareta.news/mancho-bibixy-face-revolution-one-year7/

Avant que les populations ne réalisent la profondeur de la grève des enseignants, un courageux jeune, historien et journaliste, Mancho Bibixy fait irruption dans l’Avenue Chief Ayamba à Bamenda, debout dans un cercueil placé au-dessus d’une voiture, une Bible dans la main. Il protestait contre le mauvais état des routes dans la ville, l’extrême pauvreté des équipements sociaux et bien d’autres nécessités dans une cité sous le contrôle de M. Vincent Ndumu, un colon, délégué du gouvernement à la tête de la communauté urbaine de Bamenda. [Ma traduction]

Parcourant le NoSo, j’ai entendu le petit peuple parler de la « Coffin Revolution ». Il y croit. Il nargue la soldatesque qui, désormais va en civil pour échapper la justice populaire ou l’attaque éclaire des Amba Boys. Ainsi que l’avait prédit Gorji Dinka en 1985, la guerre est là. Elle a plusieurs fronts. Les armes parlent sur terre, dans les ondes, sur du papier. Qu’importe que le leader de la Coffin Revolution ait été Arrêté le 19 Janvier 2017 ? Qu’il vienne d’être condamné à 15 ans de réclusion pour plusieurs motifs parmi lesquels l’atteinte à la sureté et à l’intégrité de la nation, l’incitation à la violence ? La raison profonde de la guerre, de la « Coffin Revolution », c’est la mal gouvernance, la dilapidation des ressources nationales par une poignée de noceurs corrompus. Le pétrole du Sud-ouest, territoire de l’ancien Cameroun Occidental attire toutes les convoitises (7). Solomon Solomon Amabo énonce ainsi qu’il suit la raison du soulèvement anglophone au Cameroun :

Mancho is said to have had the desire to understand how Cameroon’s crude oil is managed and did some investigations on drilling in the Atlantic Ocean. As a radio host, he reportedly conducted several interviews with petroleum barons and many who matter in the petroleum industry and tried to know about the functioning of the National Hydrocarbons SNH, Chantier Naval, and the National Petroleum Depot, SCDP etc. during which he reportedly met with several expatriates. It is reported that he nursed some frustrations when he discovered that Koreans were not allowed to construct the sea port of Limbe.

https://www.bareta.news/much-know-mancho-bibixy-solomon-amabo-publication/

Mancho est accusé d’avoir cherché à en savoir plus sur la gestion du pétrole camerounais et qu’il aurait mené des enquêtes sur les forages dans l’océan atlantique. Comme animateur de radio, il aurait fait plusieurs interviews avec les barons de pétrole ainsi que tous ceux qui sont dans le domaine de l’industrie pétrolière. Il aurait cherché à comprendre les mécanismes de fonctionnement de la SNH, Société Nationale des Hydrocarbures, du Chantier Naval, et du dépôt national du pétrole, le SCDP etc, auprès de plusieurs expatriés. On lui soupçonne de profondes rancœurs quand il aurait découvert que les Coréens s’étaient vus refuse le contrat de construction d’un port en eaux profondes au port de Limbe. [Ma traduction]

Comment ne pas convoquer le cas du peuple Ongoni et de leur martyr Ken Saro Wiwa? Peut-on fermer les yeux sur ces peuples qui gèrent la pollution alors qu’une coterie de l’Etat fédéral du Nigeria vit dans l’opulence ? Comment ne pas lier l’image d’un Sani Abatcha à celui du vulgaire noceur Biya ? Ce qui indigne tout Ambazonien de bon sens, c’est l’insolence avec laquelle le bon tyran dilapide les ressources du pays pour un bonheur passager. Cette indignation est partagée par tous les jeunes qui se déversent dans les rues en 2016. Tous des morts vivants, ils allaient au-devant de la mort, conscients du poids de leur sacrifice. En Amazonie, la mort a le visage hideux des armes de la République du Cameroun [LRC]. Etudiants, chercheurs d’emplois, chômeurs, paysans et citadins qui suivent l’homme au cercueil forment ce qui aujourd’hui l’armée de la Révolution ambazonienne. Sans préparation aucune, ces cadavres vivants sont passés de manifestants aux soldats de libération. Dragons ou Vipères, ils sont avant tout ‘The Amba Boys’, ou tout simplement ‘The Boys’. Ils constituent, l’ADF, ou ‘ Ambazonia Defence Force’. Depuis Novembre 2017, ils ont multiplié des fronts dans les deux régions.

Image

Qu’importe leur formation approximative, que leurs armes de fabrication locale soient de simples « dane guns » ou des machettes ? Ce qui compte, c’est la ferveur révolutionnaire. Il y a, inscrit dans les actions de ces jeunes, tout un programme d’action de revanche contre l’injuste destin à eux imposé. Laissés pour le compte dans leur pays ruisselant de richesse, ils préfèrent mourir l’arme en main à la fin dans l’extrême indigence. Ils me rappellent mon Fu’nda natal en guerre contre la France. « Poo Kamerun », «Sodja Tsekie » [« Les enfants du Kamerun » etc revenaient dans les chansons des maquisards lorsque nous rêvions du « Lapa » [Un paradis, un espace de jouissance éternelle, un pays indépendant], une ère nouvelle, débarrassée de la pègre française.

Du 29 Mai au 27 Juin j’ai vécu à Bamenda ; fait un bref passage à Buéa et à Limbe. Je me suis hasardé dans l’arrière-pays de l’Ambazonie. En cortège de deuils, j’ai foulé les sols de Batibo, d’Alabekem dans Mankon. J’étais à Manka en pays Pinyin. Je suis tombé quelquefois sur les barrières des Boys. Jamais je n’ai été molesté. Ces barrières sont dressées souvent pendant le Jour d’Interdits, « The Country Sunday ».

Pendant mon séjour, tous les Lundis tombaient sous le coup de « Country Sunday ». Tout partout on me rappelait que c’était comme dans les us et coutumes, nos mœurs. Il a toujours existé un jour pendant lequel on a eu une pensée pour les morts, pour les exilés et déplacés, pour les prisonniers sans crimes. Tout partout dans le NoSo, dans les Capitales que sont Buea et Bamenda, « The Country Sunday » était religieusement observe. Malgré le spectre de la division nettement ne marche avec les Français, le NoSo est en guerre pour sa survie. Les armes parlent. La visite partisane de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères est signe que la division reviendra sur la scène comme dans les Années 1990s. Les ressources pétrolières sont si importantes à la France et elle le montre par cette visite partisane. Mais l’indexation « Anglo-Bami » tiendra-t-elle ? Le NoSo poursuivra-t-il le combat jusqu’au dernier survivant ? En d’autres termes, de quoi demain sera-t-il fait ? Sera-t-il aux couleurs de La République du Cameroun marchant sur les corps de la minorité anglophone ? Ou aura-t-il le visage d’une confédération avec un Etat fédéré d’Ambazonie ? Un tel Etat consolidera, je suis sur les parts des héritages coloniaux tout en les plongeant dans les racines des mœurs locales.


Notes

1/ Ces administrateurs sont une reprise de la pratique en colonie française. Ils sont sinon des militaires de formations, du moins des hommes qui doivent agir comme des militaires car la situation coloniale et une situation de guerre permanente.

2/ Elève du secondaire au Lycée Bilingue a Man O’War Bay, et transféré à Molyko en 1972, j’ai vu disparaître un après l’autre tous ces acquis économiques et politiques de la Southern Cameroons.

3/Jean Rameau Sokoujou est cite aujourd’hui comme l’exception. Il résiste à la machine coloniale française qui broie et orchestre le génocide bamiléké dans une guerre dont on ne parle jamais. L’Etat du Southern Cameroon a une chambre des rois qui fonctionne comme un contre-pouvoir.

4/ Si le fleuve Moungo est symboliquement considéré comme la marque physique de la frontière entre le Cameroun occidental et le Cameroun oriental, c’est en référence au pont qui va mettre Buea a 40 minutes de Douala. Les habitants de Lebialem doivent parcourir des kilomètres au départ de Douala, alors qu’ils n’y sont pas si éloignes. Par des pistes et pirogues, les populations vont et viennent sans véritable contrôle.

5/ On comprend pourquoi les leaders du mouvement nationaliste UPC puis les maquisards upcistes trouvent facilement refuge en zone anglophone. Beaucoup y ont fait leur vie ; ont fondé des familles avec les anglophones.

6/Si Ahmadou Ahidjo consomme local du point de vue du vêtir, il en va autrement de Paul Biya qui est friand des costumes italiens et parisiens dernier cri. Il serait intéressant de savoir ce que cet homme a couté au Cameroun en 36 ans de dilapidation de la fortune de l’Etat.

Références

Jean-François Bayart. L’Etat au Cameroun. Paris : Presse de la fondation française, 1984.

Mongo Beti. Lettre ouverte aux Camerounais ou la seconde mort de Ruben Um Nyobe. Rouen : Editions des Peuples Noirs, 1986.

Gilbert Doho. Le Code de l’Indigénat ou le fondement des Etats autocratiques en Afrique francophone. Paris : L’Harmattan, 2017

Dibussi Tande http://www.dibussi.com/2018/01/fonchaspeech.html

Gorji Dinka, « Pour un nouvel ordere social au Cameroun », in Peuples noirs-Peuples Africains, no 50 mars-Avril 1986, pp 50-65

Bouopda Pierre Kame. La Crise anglophone au Cameroun. Paris: L’Harmattan, 2018.

Albert Mukong. Prisoner Without Crime. Bamenda: Langaa, 2003.

Chimamanda Ngozi Adichie. « The Carnage of the Cameroons » in The New York Times. https://www.nytimes.com/2018/09/15/opinion/sunday/chimamanda-ngozi-adichie-cameroon.html.

Patrice Nganang. La Révolte anglophone. Paris: Editions Teham, 2018.

Piet Konigs & Francis B. Nyamnjoh. Negotiating an Anglophone Identity : A Study of the Politics of Recognition and Representation in Cameroon. Brill, 2003.

Francis B. Nyamnjoh & Richard Fonteh Akum. The Cameroon GCE Crisis: A Test of Anglophone Solidarity. Bamenda: Langaa,2008.

https://www.bareta.news/much-know-mancho-bibixy-solomon-amabo-publication/

«Ekema Patrick Organised Mercenaries To Receive French Envoy » in Bareta News

https://www.bareta.news/ekema-patrick-organised-mercenaries-to-receive-french-envoy/




 

Accréditation OING Francophonie

Sommaire du 7ème Colloque

7ème Colloque international de la Biennale de la langue française
Paris, 29 septembre 2018

Bilinguisme, plurilinguisme : Pour quels objectifs ? Quels enjeux pour l'avenir ?

Programme

Christian TREMBLAY


Alexandre HOLLE


Marc DEBONO


Lilas AL-DAKR

Gilbert DOHO


Saholy LETELLIER et Françoise BOURDON


A la Une

La Biennale de la langue française et ses partenaires* organisent un colloque international qui se tiendra à Chicago du 2 au 5 octobre 2019 autour de la thématique « Bilinguisme, plurilinguisme : mythes et réalités. Quels atouts pour la francophonie ? ». Les inscriptions sont ouvertes.