Biennale de la Langue Française

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Jean SAVARD
Producteur Ciné-Groupe. Montréal


Aventure de l’écriture



[Le propos de Jean Savard a été accompagné de la diffusion de plusieurs séquences d’Aventure de l’écriture]



Présentation de la série



L’Aventure de l’écriture constitue une banque de dessins animés, de personnages attachants et de situations de vie courante qui offre un contexte authentique de langue.

C’est une grammaire audiovisuelle qui permet une familiarisation avec différents types de discours en lien avec une variété de situations de communication (contexte social, culturel et psychologique).

Cette série comporte au total 300 séquences de 1 mn 30 et 3 mn 30. Elle permet :

    – de créer une ouverture à la langue française,

    – d’éveiller l’intérêt et d’anticiper le plaisir d’apprendre la grammaire et l’orthographe,

    – de développer la discrimination auditive,

    – de se familiariser avec le rythme et la prononciation du français,

    – de reconnaître des éléments de la structure de la langue orale et écrite,

    – d’acquérir du vocabulaire,

    – de développer la compréhension d’un récit.

Cette série peut servir de bain linguistique pour les jeunes et de support pour la découverte d’une culture francophone. Elle utilise :

    – des textes reconnus : contes camerounais, contes de Daudet, poèmes de Prévert ;

    – des chansons traditionnelles comme « Savez-vous planter des choux ? »

Les émissions ou les capsules abordent des contenus linguistiques complexes qui sont illustrés par plusieurs exemples. Les éléments linguistiques traités dans ces capsules permettent d’établir des relations entre les notions grammaticales de façon à en montrer l’interdépendance. De plus, ce sont parfois des processus d’apprentissage en langue écrite qui sont mis en scène.

Différents procédés de visualisation et de scénarisation sont alors mis en œuvre pour tenir compte des principales étapes à franchir en cours d’apprentissage, à savoir :

    – l’étape du doute, ou de la prise de conscience d’une difficulté ;

    – l’étape de l’identification du problème orthographique ;

    – l’étape d’exploitation des stratégies possibles permettant de surmonter la difficulté ;

    – ainsi que l’étape de sélection et d’application d’une stratégie efficace.



Développement de matériel pédagogique

Une étude qualitative, de type recherche / développement, a été réalisée afin de valider dans les classes un modèle d’apprentissage qui maximise l’efficacité des séquences de l’Aventure de l’écriture. À la lumière des résultats de cette étude, des pédagogues de l’équipe ont développé un matériel pédagogique qui stimule l’apprentissage de l’orthographe.



Ce matériel se présente sous diverses formes :

1. Fiches d’activités d’apprentissage permettant aux élèves et aux groupes d’intégrer les règles d’orthographe illustrées par les séquences de l’Aventure de l’écriture.

2. Guide du maître expliquant les contenus de chaque dessin animé et proposant une gamme d’activités pédagogiques pour assurer une transition harmonieuse entre l’apprentissage de la grammaire et la production orthographique en contexte d’écriture.

3. Cahier d’exercices destinés aux élèves.

Tout cela est utilisé d’abord en classe, chez nous au Québec. C’est la pédagogie que nous avons privilégiée. Nous diffusons aussi sur les ondes de Télé Québec, comme renforcement pédagogique. Et nous faisons de même avec TV 5.

Les coûts engagés sont tels qu’il s’agit d’une co-production internationale. Elle regroupe Télé Québec, avec le gouvernement canadien et le gouvernement québécois ; TV 5 ; en France la Cinquième et le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) ne sont pas que des co-investisseurs mais aussi des partenaires en co-production ; et bien entendu l’ACCT qui a elle aussi participé au financement de cette série.

D’abord diffusée, comme je vous l’ai dit, au Québec, l’Aventure de l’écriture est maintenant une affaire internationale, avec TV5, la Cinquième et le CNDP en France et en Afrique, où une première expérience a été faite au Bénin qui doit être développée avec des collègues béninois et sénégalais.

En résumé, l’Aventure de l’écriture constitue une banque de dessins animés permettant l’apprentissage des règles de la grammaire française d’une façon agréable pour les jeunes.



Réponses à quelques questions et remarques

Question 1

Si j’ai bien compris, il y a d’abord une utilisation pédagogique en classe. Mais quelle est l’utilisation à partir d’une diffusion sur une chaîne, par exemple comme la Cinquième en France ?



Jean Savard

C’est d’abord un rappel pour l’enfant. Nous avons là un peu le principe de la publicité. Nous avons vérifié le fait à l’université de Montréal : à force de voir et revoir, l’enfant finit par assimiler et comprendre. Mais le but complet est dans l’utilisation du guide pédagogique. Vous l’avez vu sur les séquences : la règle n’est pas explicite. On ne dit pas que les verbes du premier groupe s’écrivent... : on le montre grâce à l’image et à l’histoire qui accompagne l’écrit. Comme le disait Michel Perrin, il faut que l’enfant intègre, construise la règle. C’est la seule manière de faire efficace, il faut voir et revoir.

Mais l’important aussi pour l’Aventure de l’écriture, c’est de ne pas dissocier l’écriture et la culture. Il ne faut pas que l’écrit soit quelque chose qu’on mémorise par cœur sans qu’on voie l’utilité de son emploi, la réalité de cet emploi. Il faut donc d’abord avoir une histoire, il faut que l’apprentissage de la grammaire soit agréable pour les enfants. Ou alors ils ne l’apprennent pas.

C’est d’autant plus important qu’avec les nouvelles technologies, avec Internet, l’écrit revient. Il y a quelques années, on disait que l’écrit allait disparaître. On voit bien aujourd’hui que ce n’est pas vrai. Il fallait donc revenir sur les erreurs passées, je pense à ces jeunes qui entraient à l’université mais qui étaient incapables d’écrire. Les fautes les plus fréquentes étaient même les fautes de ponctuation : ils ne savaient pas employer la virgule, le point-virgule, le point ! Ces confusions sont aussi le signe d’une confusion de la pensée. Je ne suis pas un spécialiste de linguistique mais cela me semble vrai. Voilà les objectifs que nous poursuivons d’abord en classe et ensuite par les multiples diffusions.



Question 2



À propos des textes et des contes que vous utilisez, avez-vous puisé dans les cinq parties du monde ?



Jean Savard

Oui. Nous avons plusieurs séquences qui viennent d’Afrique. Il y a des contes haïtiens, des auteurs français, québécois, des chansons folkloriques traditionnelles... Vous savez, 300 histoires... il faut les trouver. Alors on a beaucoup puisé !

Mais je voudrais répéter que nous tenons aussi à lier la langue et la culture. Les enfants qui sont à l’école ont de la difficulté à comprendre l’utilité de parler français. Pour l’anglais, c’est plus facile. Il faut donc bien montrer que le français est le véhicule de beaucoup de cultures. Il ne faut surtout pas se contenter de le dire, il faut le montrer, et c’est ce que nous avons essayé de faire.



Question 3

J’ai aimé la qualité photographique et cinématographique de l’émission. C’est vivant, c’est innovant. Mais il y a des recherches qui laissent entendre qu’il est difficile de faire acquérir les concepts grammaticaux aux enfants avant un certain âge, en France la sixième ou la cinquième. Alors je voudrais savoir s’il y a eu une évaluation de votre travail. Ce que je dis n’est pas du tout négatif mais on a dit parfois de certaines méthodes : oui, c’est bien... et les résultats n’étaient pas à l’arrivée. Je ne pense pas que ce soit votre cas, mais la question de l’évaluation me semble utile.



Jean Savard

Oui, elle est très utile. Au départ, les 15 premiers modules ont été testés avec des chercheurs de l’université de Montréal. Ils sont arrivés à des conclusions positives. Mais, à partir de là, il est évident que c’est le temps qui nous dira si notre méthode est valable ou non. Je voudrais sur ce point raconter une expérience. J’ai été producteur délégué de la série Passe-partout pour enfants qui a commencé il y a une vingtaine d’années. Avec le ministère de l’Éducation, on avait pu faire une évaluation du nombre des enfants qui « subissaient » l’émission et du nombre de ceux qui ne la subissaient pas. Il y a deux ans, quelqu’un a eu l’idée géniale de reprendre les dossiers et de retourner voir les enfants. C’est la première fois qu’on a pu étudier l’influence de la télévision sur une longue période. Il est apparu que ceux qui avaient subi Passe-partout décrochaient nettement moins du système scolaire que les autres. Pour l’Aventure de l’écriture, on ne pourra faire le même bilan que dans quelques années, mais déjà tous les commentaires que nous avons montrent bien qu’il y des images qui s’enregistrent. Les enfants s’amusent à voir le s qui se promène, ou le e muet. Dans quelques années, on pourra vérifier l’efficacité de ces images.

J’ajoute que ce n’est évidemment pas le seul instrument pour l’apprentissage du français. C’en est un parmi d’autres, comme Internet, la classe traditionnelle. Et les enseignants nous ont dit que le dessin animé est un médium qui rend plus agréable, moins ennuyeux l’enseignement de la grammaire. Les enfants réagissent à l’histoire, aux lettres en surimpression, ils découvrent que c’est la règle – on ne cherche pas la logique, c’est la règle ! – et qu’ils doivent l’accepter. Les méthodes sont celles de la publicité. Nous avons relevé le défi pour la grammaire. Je pense qu’on a réussi parce que ça fonctionne.



Remarque 1

À Aix-en-Provence une équipe a prouvé que le phénomène d’association de trois sens : la vue, l’ouïe et la vision de l’écriture, qu’ils appellent un troisième sens, produit un effet de connexion synaptique très efficace. L’ordinateur fonctionne en binaire mais le cerveau fonctionne en multi-connexions. Selon la doctrine actuelle du connexionisme, il semble prouvé que la connexion des trois sens, que vous réalisez très bien, produit un apprentissage particulièrement efficace.



Question 4

Si je prends l’exemple de la Suisse romande, on fonctionne depuis, disons une quinzaine d’années, sur une pédagogie différente, considérée comme une pédagogie de la découverte. Les enfants sont censés construire leurs connaissances par l’observation des données qui leur sont fournies. Il s’agit non seulement de s’imprégner de la règle, de l’intérioriser selon les principes connexionistes, les automatismes psycho-behavioristes, si j’ose dire, mais il s’agit de construire. Alors je ne nie pas l’efficacité de la méthode mais je me pose la question des deux types d’approche. Comment les voyez-vous ? En concurrence, en complémentarité ?



Jean Savard

J’aimerais parler de complémentarité parce que ce sont des outils que l’on met dans les mains des enseignants. On ne leur donne pas des directives, on leur dit : voici des hypothèses, voici ce que vous pouvez faire en classe avec une capsule de l’Aventure de l’écriture. À partir de là, il est évident que c’est à l’enseignant qui connaît sa classe, qui connaît ses jeunes, de l’utiliser, de voir ce qu’il peut faire. Quant aux querelles d’approche pédagogique, il y en aura tout le temps. Nous avons fait le choix de travailler dans la complémentarité. Les pédagogies ne sont pas exactement les mêmes au Québec et en France, mais nous travaillons avec les deux. Ce sont donc des outils, des aides pédagogiques qui sont mis en plus à la disposition de l’enseignant.



Remarque 2

Ce qui me frappe, c’est que tout est donné directement. Les réponses sont données.



Jean Savard

Non. La règle générale n’est pas donnée, c’est vous qui la déduisez de l’ensemble, mais elle n’est pas donnée. L’enfant qui regarde l’émission ne peut savoir qu’il y a une règle donnée. Il va juste s’en imprégner.



Remarque 3

C’est un déclencheur ?



Jean Savard

C’est effectivement un déclencheur.



Remarque d'Arlette Niedoba

Je me permets d’ajouter que les matériels pédagogiques que vous avez développés s’adressent à différents types d’intelligences. Pour avoir moi aussi enseigné, je sais comme vous qu’il y a des élèves qui ont une intelligence plus pratique que d’autres. Il y a des élèves qui ont besoin d’aller trouver la connaissance sous-jacente à l’exemple. On a enseigné en partant de la règle vers l’exemple. On peut enseigner en allant de l’exemple vers la règle. Nous avons donc une pédagogie ouverte, proposée, et chacun l’utilise au mieux.



Jean Savard

Le matériel pédagogique a été développé, en effet, au Québec, en France avec le CNDP, et on fait la même chose avec les pays africains. La grammaire ne change pas d’un continent à l’autre, mais on s’est rendu compte, dans la co-production, qu’il y avait des mots qui ne voulaient pas dire la même chose partout dans la Francophonie. Le mot camelot, au Québec, c’est un jeune qui distribue des journaux le matin ; rien à voir avec le sens en France. Asseoir se conjugue au Québec autrement qu’en France. On a donc aussi une version internationale où les mots sont valables pour toute la Francophonie. Mais nos amis Français nous ont dit qu’on avait un léger accent d’outre-Atlantique !



Arlette Niedoba

Je vous invite à consulter la grille horaire des programmes des diffusions de TV 5. Vous retrouverez les horaires de passage des émissions dont nous parlons. Mais, comme les capsules d’Aventure de l’écriture sont très brèves, elles ne sont pas mentionnées sur la grille horaire, elles sont saupoudrées, le matin, sur toute la grille.

Maintenant, Jean Savard, j’aimerais que vous nous parliez du projet de co-production de 52 émissions que vous avez entre Atlantel et Ciné Groupe.



Jean Savard

Il y a quelques semaines, TV 5 et l’Agence de la Francophonie ont fait un appel d’offre pour un magazine de 52 émissions de 30 mn. Au finish – à la fin ! – deux solutions ont été retenues : Atlantel de Bordeaux et Ciné Groupe de Montréal. TV 5 nous a demandé si on ne pouvait pas avoir une alliance stratégique entre les deux parties. Nous nous sommes donc fréquentés, les gens d’Atlantel et ceux de Ciné Groupe, et nous sommes arrivés à un accord. Nous sommes en train de produire le pilote de l’émission, mais il y aura aussi des produits d’accompagnement pédagogique.

Et sur ce point il y aura des alliances stratégiques entre Vifax pour la transmission par courrier électronique, télécopie, etc., et des documents imprimés dont le contenu sera diffusé sur Internet avec un site web, un cédérom. La diffusion doit commencer en janvier 1998. Tout cela est une suite du Sommet de Cotonou.

Le thème central du magazine est issu de la langue mais il ne donne pas lieu à un traitement explicatif ou historique concernant directement la langue. Elle est le sujet inspirateur mais elle n’est pas l’objet. Ce travail sera renvoyé aux documents d’appui pédagogique.

Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus. Nous sommes en train de mettre sur pied l’émission pilote. Nous sommes en négociation avec différents pays pour choisir les sujets. Mais rien n’est encore fixé.



Arlette Niedoba

Avant de terminer, je voudrais vous remercier de votre attention et de vos questions. Et, si vous avez des informations complémentaires à nous demander, maintenant ou plus tard, n’hésitez pas à nous joindre aux adresses de TV 5. Merci.

Contacts CINÉ-GROUPE :
1151, rue Alexandre-De Sève
MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2T7
Téléphone : (514) 524 7567
Télécopie : (514) 524 1997

 

Accréditation OING Francophonie

Sommaire des Actes de la XVIIe Biennale

SOMMAIRE DES ACTES DE LA XVIIe BIENNALE


SOMMAIRE

XVIIe Biennale de la langue française Neuchâtel 1997

Multimédia et enseignement du français

Sommaire

Préface de Roland ELUERD



SÉANCE SOLENNELLE D'OUVERTURE

Allocution d'Alain GUILLERMOU

Allocution de Jean-Jacques DE DARDEL

Allocution de Jean GUINAND

Allocution de Denis MIÉVILLE

Message de Sheila COPPS

Message de Hubert VÉDRINE

Message de Stélio FARANDJIS

Message de Xavier DENIAU

Message de Bernard QUÉMADA

Message de Federico MAYOR



I PANORAMA DU MULTIMÉDIA D'ENSEIGNEMENT

Jeanne OGÉE

Jean-Claude GUÉDON

Jean-Alain HERNANDEZ

Adrian MIHALACHE

Micheline SOMMANT

François DELAUNAY

Dominique SOUDAIS

Francis PIOT

Etienne BOURGNON et Alain VUILLEMIN



II. DONNÉES TECHNIQUES, USAGES PÉDAGOGIQUES ET DOCUMENTAIRES

Dominique LAMICHE

Frédérique PÉAUD

André OBADIA

Jean-Paul BUFFELAN-LANORE

Marie-Josée HAMEL et Eric WERHLI

Alain VUILLEMIN

Bernard EMONT


III. ESPACES FRANCOPHONES DU MULTIMÉDIA

Christian ROUSSEAU et Jocelyn NADEAU

Mariana PERISANU

Mioara TODOSIN

Marius DAKPOGAN

Théodore KONSEIGA

Kouaho Elie LIAZÉRÉ

Jean SOUILLAT

Marc MOINGEON

Bernard PÉCRIAUX



IV. IMPLICATIONS CULTURELLES DU MULTIMÉDIA

Jean BUREL

Mohamed TAÏFI

Rabah CHIBANE

Roland DELRONCHE

Claire-Anne MAGNÈS

Gabriela MARCU et Mariana MUNTHIU

Albert DOPPAGNE

Charles MULLER

Petre RAILEANU



V. TV5 ET L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS

Arlette NIÉDOBA

Michel PERRIN

Danièle TORCK

Janry VARNEL

Valérie JATON

Jean SAVARD



TABLE RONDE «TV5, la télévision mondiale en français.La langue de l’autre»

animée par Marlène Bélilos avec Roger Francillon, Hugo Lœtscher, Charles Méla et Gilbert Musy


LA SUISSE ET LA FRANCOPHONIE

Jean-Jacques DE DARDEL

Claire LUCQUES

Jean-Marie VODOZ

Urs TSCHOPP



TABLE RONDE «La Suisse et la francophonie»

animée par Catherine Pont-Humbert avec Freddy BUACHE, Jacques CHEVRIER, Charles JORIS et Jacques SCHERRER


SÉANCE DE CLÔTURE

Vœux de la XVIIe Biennale

Discours de clôture d' Alain GUILLERMOU

Discours de clôture de Roland ELUERD

Échos de la XVIIe Biennale

Liste des participants



A la Une

Les Actes de la XVIIIe Biennale à Chicago sont consultables en ligne à l'adresse suivante https://www.biennale-lf.org/les-actes-de-la-xxviiie-biennale.html